Le démantèlement côté études

Parlons-vrai, parlons études ! Car c’est aujourd’hui sur ces métiers que se portent le plus clair des travaux quand il est question de démantèlement nucléaire. En France, à l’exception notable des réacteurs nucléaires militaires et civils de Marcoule (Gard), exploités par le CEA, la plupart des installations en cours de démantèlement ne sont pas encore entrées dans une phase opérationnelle sur le plan industriel. Éminemment politique, le dossier connaît tantôt des accélérations, tantôt des ralentissements... obligeants les acteurs de la filière à se tenir prêts à se lancer dans la course tout en demeurant au contact des dernières exigences réglementaires. Ce travail de précision nécessite une veille documentaire et législative d’autant plus importante que la plupart des chantiers de démantèlement nucléaire ne se déroulent pas aujourd’hui dans l’Hexagone, qui possède le deuxième parc nucléaire mondial avec 58 réacteurs derrière les Etats-Unis (99 réacteurs en fonctionnement). 

UP1 

Cette usine de retraitement est à l'arrêt depuis 1997 après 39 ans de service.
Elle est en cours de démantèlement depuis. Ces déchets sont le produit de la recherche militaire française.
123 Mds € 
Ce sont, selon l'Union Européenne, les fonds nécessaires pour démanteler les centrales qui parviendront en fin de vie d'ici à 2050.

“Les normes sont différentes d’un pays à un autre, y compris au sein de l’Union européenne”, relève Pascal Morel, le dirigeant fondateur de GROUPE ECIA. “Dans un pays donné, un élément mécanique peut être reconditionné pour servir dans une autre industrie car il est considéré comme un déchet industriel banal. Or, ce même élément, soumis à une radioactivité comparable dans une centrale d’un autre pays, sera considéré comme un déchet nucléaire à retraiter. Cela nécessite une expertise particulière et une régulière mise à jour pointue des connaissances”, poursuit celui dont la société s’est depuis longtemps posée en expert dans ce secteur de niche mais hautement concurrentiel des études sur le démantèlement. Haute-Marne, construit par l’Agence nationale pour la gestion de déchets radioactifs (Andra), ce sont des cathédrales de béton appelées EIP (entreposage intermédiaire polyvalent) qui sont actuellement construitspour stocker quelques 75.000 futs de déchets bitumés jusqu’ici entreposés dans des casemates semi-enterrées pareils à des bunkers. Avec des politiques énergétiques en recomposition, dans nos frontières comme au dehors, il n’est pas exclu que certains marchés déclenchent plus rapidement que d’autres leur politique de démantèlement. Ainsi, certains Etats américains, devant la chute des cours du pétrole pensent sérieusement à ne pas renouveler un parc parfois vieillissant. “L’incertitude demeure sur le calendrier des chantiers mais on prend peu de risques à affirmer, c’est particulièrement vrai en France, qu’ils ne seront pas tous lancés en même temps. Au vu des sommes en jeu, il paraît logique que nos donneurs d’ordre étaleront leur effort d’investissement”, analyse Arnaud Céré, directeur des opérations au sein de GROUPE ECIA.

A ce stade, l'entreprise interviendrait dès l'assistance aux choix des options techniques pour le site. "Nos équipes sont constituées à la fois de référents-métier chevronnés, souvent issus de sous-traitants et pouvant porter un regard critique, associés à des ingénieurs juniors issus de différentes écoles afin de confronter les approches", poursuit Marc Colard. Décliné à d'autres secteurs dans une même logique d'apprentissage, ce process animé par le souci du retour d'expérience est appliqué avec la même logique au contrôle de la ventilation, une autre branche que GROUPE ECIA développe tant auprès sur des sites nucléaires que d'unités industrielles complexes classées Seveso ou marquées ICPE.

 

EN SAVOIR PLUS

Selon la Société Française d’Energie Nucléaire (SFEN), 70 laboratoires, usines et réacteurs sont actuellement démantelés dans le monde. Rien qu’en France, “les activités d’assainissement et de démantèlement mobilisent environ entre 10 à 12 000 personnes (emplois directs, indirects et induits)”, selon la SFEN. Les délais d’autorisation de mise à l’arrêt, de démantèlement et de déclassement des sites nucléaires sont longs. Les travaux peuvent durer de 15 à 30 ans. Les principaux chantiers de démantèlement en France concernent aujourd’hui 6 réacteurs dans les centrales de Bugey, Saint-Laurent et Chinon ; la centrale de Brennilis ; Chooz A dans les Ardennes, et les 6 installations nucléaires militaires et civiles de Marcoule dans le Gard.
 
Age des réacteurs nucléaires dans le monde

En utilisant ce site web, vous nous autorisez à utiliser des cookies.